A l'heure où le gouvernement français projette de lancer un grand emprunt public auquel tous pourraient souscrire, il n'est pas inintéressant de revenir sur un autre emprunt, véritable serpent de mer qui a bientôt 10 ans : un emprunt européen.
Souvenons-nous qu'en 1999, lors de la bascule des marchés financiers à l'Euro, faute d'un accord sur la nouvelle valeur nominale des dettes publiques nationales, … il a fallu se résigner à admettre qu'une OAT française, un Bund allemand, un BTP italien avaient pour valeur un Euro ! Effectivement, nous étions à des années lumière d'imaginer que l'on puisse émettre des titres obligataires communs. A la lumière de la conjoncture actuelle et forts de dix années de lente construction monétaire, cette question mérite d'être réexaminée. La liste des avantages que l'on pourrait tirer de son annonce est impressionnante.
Ces émissions européennes constitueraient un signal politique sans précédent
A mesure que les semaines passent deux projets opposés s'affirment et mûrissent:
D'un côté, les divergences de notation des emprunts des états européens s'accentuent. La liste des recalés du "AAA" s'allonge. Les Britanniques, adeptes du fair play, les regroupent sous le vocable de PIGS (Portugal, Italy, Greece & Spain), en attendant l'Irlande. Des voix s'élèvent dans ces pays pour envisager la sortie de l'union économique et monétaire.
Mais, dans le même temps, la Suède et le Danemark étudient sérieusement l'adoption de l'euro, sans parler des pays de l'Europe centrale où une part non négligeable du commerce et de la finance s'effectue dès à présent en euro. Il reste enfin le cas de l'Islande …
Dernier coup de théâtre, même la Grande Bretagne serait tentée par l'adhésion, au cours actuel de la Livre, on ne sait pas vraiment qui serait gagnant.
Comme en 2002, c'est la crainte de la récession qui donne à l'Eurolande sa véritable dimension. Une fois encore quelques Cassandre jurent qu'elle ne lui survivra pas. On a souvent reproché à cette union de rester au milieu du gué. Il ne fait pas de doute que la perspective d'un endettement conjoint rassemblerait les économies membres fragilisées et stimulerait les candidats hésitants.
Dans une conjoncture économique détestable, cette ambition opportuniste pourrait rapporter gros
Les différents programmes de relance échafaudés par les Etats butent sur la volonté de soutenir l'activité à l'intérieur des frontières sans relancer les importations. Sous cet angle, il y a au moins l'aspect taux de change qui est épargné, la zone Euro constitue à elle seule une zone de commerce majoritaire pour les états membres ;
L'autre aspect de ces programmes de relance repose sur la capacité de financement : à l'heure où les banques centrales deviennent les investisseurs en dernier ressort contraint, où même la Federal Reserve Board voit son bilan enfler sous l'entrée massive des Treasury Bond, pourquoi ne pas tenter développer la créativité sur des emprunts souverains qui aiguiseraient l'appétit dans banques centrales étrangères et autres fonds souverains ?
Les marchés ne s'y sont pas trompés qui ont déjà augmenté la prime de risque sur les émetteurs les plus fragiles.
un rendez-vous historique
La difficulté de mener une politique monétaire commune à des cycles de conjoncture et des états économiques différents trouverait là une nouvelle dimension : la solidarité sur la monnaie s'étendrait à une fraternité sur la dette, les états fragiles constateraient une économie de leurs frais financiers, les états moteurs n'en subiraient que peu de conséquences, on n'imagine pas un agence de notation déclarant mettre sous vigilance négative l'ensemble des Etats de la zone euro. Bref, cela réhausserait la note des maillons faibles.
Qui serait l'émetteur : ce ne peut être ni le conseil ecofin, ni la commission européenne, il y aurait donc à créer une entité intitulé Trésor Européen ? chaque Etat s'engagerait sur le capital qu'il tirerait de l'emprunt global ;
La technique : pas de souci, la gestion active de la dette est au programme des Etats depuis plus de dix ans, et pour cause !
Juridiquement, les obstacles sont mineurs, on a déjà vu dans le passé, plusieurs entreprises lever conjointement un emprunt corporate : la mutalisation des risques permettait d'économiser des intérêts, de rejoindre la taille standard des émissions tandis que la liquidité s'en est trouvée accrue.
Conclusion
Depuis le 18 février, La commission européenne examine le programme de convergence et les politiques budgétaires à 5 ans. De son côté, l'Eurogroupe s'est réuni à Berlin. Comment faire l'économie de la question du financement des mesures budgétaires ? A tout le moins, le service de la dette en est l'une des composantes essentielles. Enfin, ce serait un signal symbolique fort envoyé à tous ceux qui s'interrogent sur la construction européenne.
